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Déclaration Afrique

La vision africaine de l'Economie Sociale et Solidaire

Du 23 au 25 juin dernier, une rencontre interafricaine, rassemblant des participants de 25 pays, s’est tenue à Bamako (Mali) sur le thème de l’Économie Sociale et Solidaire. Elle a permis de dégager une vision africaine commune, s’articulant autour de 6 axes principaux: :

L’Économie Sociale et Solidaire: un outil d’intégration de l’Afrique dans le monde
L’environnement économique est marqué par la mondialisation des marchés et l’insertion des pays du Sud dans des dynamiques d’exploitation et d’expropriation. L’Économie Sociale et Solidaire constitue une réponse à ce phénomène dans la mesure où elle propose une construction de l’Afrique à partir de ses propres valeurs basées essentiellement sur:
> La production, la transformation et les échanges de produits locaux dans une perspective d’auto-suffisance alimentaire
> La logique d’intégration économique par le bas: «transformer localement et échanger d’abord entre nous»
> Le rejet de politiques inspirées par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et les tentatives d’imposer les OGM en renforçant la protection des filières agricoles locales
> La création d’espaces de coopération et de partenariat Sud–Sud.

L’État doit être social
L’État doit affirmer son efficacité, mais il doit aussi être social. Il doit traduire les demandes sociales en politiques de développement pour le plus grand nombre.
Un État social est celui qui développe une efficacité maximale de redistribution, basée sur une démocratie par la base. Il doit y avoir une co-production des politiques publiques par l’État, la société civile et les acteurs privés ainsi que la mise en place d’un capital social.
Cependant, le poids de la dette rend la tâche difficile aux États Africains quant à la satisfaction des besoins de la majorité.Le néolibéralisme compromet le rôle de régulation de l’État, rendant ainsi difficile la redistribution des ressources nationales de façon équitable.
Face à l’hégémonie du néo-libéralisme, il faut lutter pour un État social.

La souveraineté et la sécurité alimentaire: des droits à préserver
Les produits du terroir constituent une opportunité de revenus pour les plus démunis. Il faut donc:
> Assurer une valorisation globale des produits bio et locaux;
> Mettre sur pied des labels bio et les protéger à travers le contrôle de la qualité et de la traçabilité des produits labellisés;
> Promouvoir et valoriser le savoir-faire paysan ou traditionnel.
Les populations ont le droit de produire et de choisir ce qu’elles mangent. Les États ne doivent permettre que les importations complémentaires. L’équité dans le commerce et l’agriculture doit permettre au producteur de vivre de son agriculture, d’en contrôler le prix de vente. D’où la nécessité de protéger les marchés africains contre le dumping et d’impliquer la société civile dans la définition des politiques agricoles et les négociations internationales qui s’y rapportent. Par ailleurs, la société civile dénonce le recours incontrôlé aux innovations issues de la modification génétique des plantes et des semences.
Il faut mettre sur pied des politiques crédibles concernant les plantes médicinales pour:
> Assurer la pérennisation du savoir-faire thérapeutique traditionnel;
> Protéger les plantes médicinales en contrôlant leur prélèvement et leur régénération;
> Assurer le développement de cette filière spécifique pour assurer des revenus conséquents aux producteurs et permettre l’accès à des médicaments à moindre coût pour les populations démunies;
> Prendre des dispositions contre le monopole des brevets qui pourraient être enregistrés par les firmes internationales sur les plantes médicinales.

L’ancrage culturel de l’Économie Sociale et Solidaire
La Culture constitue un des domaines où l’Afrique peut combattre à armes égales avec le reste du monde. Cependant, l’Afrique est confinée, là aussi, à un rôle marginal, alors que sa richesse culturelle doit lui permettre de jouer un rôle essentiel dans le monde actuel qui se déshumanise de plus en plus.Grâce à sa culture, l’Afrique pourrait apporter au reste du monde ce supplément d’âme qui lui fait défaut actuellement.
Pour y parvenir, voici quelques pistes d’action:
> La valorisation des populations à la base à travers l’affirmation de leurs langues ainsi que la
valorisation des langues nationales et transfrontalières;
> La revitalisation des moyens et canaux de communication traditionnelle;
> L’éveil des consciences individuelles et collectives aux problématiques et enjeux du développement local national africain et mondia;l
> La valorisation des productions culturelles dont le tourisme solidaire.

Le travail des femmes, création de richesses
Les opportunités de promotion sociale offerte aux femmes sont limitées à plusieurs égards, aussi bien au niveau de la famille qu’à celui de la collectivité.
L’ensemble des activités domestiques sont généralement considérées comme relevant de la femme. Ces tâches domestiques, exécutées par toutes les femmes qu’elles soient rurales ou urbaines, ménagères ou salariées ne sont pas comptabilisées en temps, en valeurs monétaires.
Pour tenter de réduire les inégalités et valoriser la place faite aux femmes, l’ESS doit insister sur:
> L’information, la prise en compte des droits des femmes et la valorisation de leurs compétences;
> La discrimination des femmes en terme de travail;
> La reconnaissance des activités des femmes.
Répondre autrement aux demandes des populations ciblées
Les approches d’intervention qui ont été utilisées dans les programmes de développement de l’Économie Sociale et Solidaire ont été souvent jugées insuffisantes, sinon inefficaces devant des attentes des populations ciblées. Ceci démontre l’importance de sortir des sentiers battus et de
revoir l’approche actuelle. On pourrait par exemple:
> Mettre sur pied une action conjointe entre les pouvoirs publics et la société civile;
> Créer un centre d’Appui conseil aux entreprises d’Économie Sociale et Solidaire ayant pour tâches de former, conseiller, informer et développer la capacité des entrepreneurs oeuvrant dans ce domaine;
> Créer un fonds solidaire dont le rôle de contribuer au financement des différentes activités des centres d’appui et de conseil.

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