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Développement local et décentralisation rurale : la collectivité décentralisée de Diari en Guinée se prend en charge

La Communauté Rurale de Développement (CRD) de Diari, située dans la région du Foutah Djallon (Guinée-Conakry) a été créée le 8 décembre 1992. La CRD est composée de cinq districts comprenant environ 13 400 habitants en 1998. La population est majoritairement Peule et le poulaar est la langue d’usage de la communauté.Elle est rattachée à la préfecture de Labé, capitale du Foutah Djallon. Localisée à une trentaine de kilomètres de cette agglomération, Diari demeure néanmoins difficilement accessible compte tenu de son enclavement.

Le Programme d’Appui aux Communautés Villageoises (PACV), financé par la Banque Mondiale, est un vaste programme qui vise à améliorer l’accès des populations rurales aux infrastructures et services de base. Il s’agit de responsabiliser les collectivités décentralisées à identifier, planifier, financer, exécuter et gérer les actions de leur développement.

De 1998 à 2002, Diari a bénéficié du PACV avec l’encadrement du Centre canadien d’Etude et de Coopération Internationale (CECI). Le projet était fondé sur l’hypothèse suivante : les populations rurales à travers la CRD jouent un rôle central dans la définition des objectifs et des programmes d’actions qui les concernent et celles-ci doivent être conçues, formulées et exécutées de manière participative, en fonction de leurs besoins et de leurs ressources ;

La stratégie d’intervention privilégiée a donc été d’appliquer des techniques d’animation participative qui tout en s’appuyant sur le vécu des participants (groupes-cibles), qui accentuent chez ces derniers la prise en compte des différents facteurs, l’auto- apprentissage et la responsabilisation, tout en introduisant de nouveaux outils et de nouvelles pratiques permettant aux participants de s’approprier le processus de développement local de façon permanente (voir le Rapport de capitalisation de la phase pilote, CECI-Guinée, Mai 1999, p.20).

L’approche de planification locale participative a été donc privilégiée à Diari à travers les étapes suivantes que nous allons expliciter : le diagnostic participatif et concerté, l’élaboration d’un programme d’action prioritaire, la mise en œuvre du programme d’action prioritaire.

Le diagnostic participatif et concerté

La méthode diagnostic participatif repose sur les principes suivants : a) Toute communauté détient potentiellement la capacité de prendre en charge son propre développement, d’identifier ses problèmes, de les analyser et de prévoir des pistes de solutions. b) Toute intervention visant le développement d’une communauté doit nécessairement, pour être efficace, susciter la participation active de la population concernée et ce durant l’ensemble du processus d’intervention. c) Pour faciliter la participation de la population, il est nécessaire d’entretenir un dialogue au sein de la communauté. d) Les populations elles-mêmes ont des compétences locales pour introduire ce dialogue et organiser des situations de discussions et d’analyse.

Le diagnostic participatif à Diari se déroule donc comme suit. Une douzaine de personnes du milieu, appelées «facilitateurs villageois », issues de l’ensemble des districts, sont formées aux techniques de DP et de communication, de manière à soutenir la démarche dans leur district respectif. C’est ainsi qu’ils accompagnent les populations dans un processus d’identification des problèmes, d’analyse, d’organisation de solutions et de formulation d’un plan de développement du district.

L’élaboration du Plan de Développement Communautaire (PDC) et d’un programme d’action prioritaire

La restitution inter-districts se déroule au chef lieu de la CRD à l’occasion d’une vaste assemblée villageoise. Sont présents les élus locaux de la CRD et des Districts, les leaders communautaires (sages et notables), les représentants des organisations de la société civile (associations de femmes et de jeunes, groupements économiques, associations de ressortissants), la tutelle rapprochée (sous-préfet, services préfectoraux). Chaque district par l’entremise de leurs deux facilitateurs villageois présente son plan de développement districal en justifiant le choix des actions retenues. L’assemblée communautaire se prononce alors sur le contenu du plan de développement local, les critères de sélection de projets des districts qui seront inscrits au plan d’action prioritaire à court terme et l’ordre de priorité des infrastructures retenues dans la réalisation du plan d’action à court terme de la CRD. L’assemblée décide en général que le contenu de l’ensemble des plans d’action de district cumulés constitue le plan de développement de la CRD. Pour le choix des actions prioritaires, des critères de sélection sont dégagés tels que l’urgence, le coût, le temps de réalisation, le nombre de personnes touchées et le niveau d’engagement des villageois vis a vis de l’action.

La mise en oeuvre du programme d’actions prioritaires

Cette mis en œuvre se déroule à travers une responsabilisation des acteurs locaux tout au long du processus. Cette responsabilisation est passée tout d’abord par un élargissement de la participation locale dans la gestion du projet. En effet plusieurs comités locaux ont été mis en place pour assurer la gestion matérielle, administrative et financière des projets. Ces comités étaient composés d’élus locaux, de fonctionnaires, et de représentants de la société civile.

De plus, pour bien remplir les mandats qui leur étaient assignés, les membres des divers comités ont bénéficié d’une série de formation adaptée à leurs besoins qui leur ont permis d’acquérir des compétences (alphabétisation, décentralisation, gestion) et de nouvelles pratiques (ouverture de compte bancaire, appels d’offre et contrats de travail).

Enfin, un système de suivi-évaluation local a été mis en place. Il a permis la diffusion de l’information entre les différents comités locaux et à l’ensemble de la population de Diari.

Aujourd’hui la CRD de Diari est à sa cinquième année dans le PACV, et elle a pu réaliser 18 salles de classes, 3 centres de santé, 6 mosquées, 1 bureau administratif, 2 puits amélioré, 1 centre de saponification, 1 centre culturel, 1 site touristique et 1 périmètre maraîcher. De plus, 150 personnes ont été formées en décentralisation et techniques d’animation participative, 35 personnes en techniques de gestion & compatibilité, 35 personnes en techniques de passation des marchés, 50 personnes en techniques de maintenance des ouvrages communautaires, et près de 250 personnes ont été alphabétisées, dont une majorité de femmes.

En outre, d’autres impacts ont été relevés : une plus grande capacité de contrôle des mandats et activités des élus locaux par les populations donc une plus grande imputabilité des élus locaux vis a vis des populations, une plus grande capacité de promotion et de négociation des élus locaux par rapport au gouvernement central, aux bailleurs de fonds…une amélioration du recouvrement des taxes, un élargissement de l’assiette fiscale, une plus grande implication des femmes dans la gestion des affaires publiques, etc.

Diari a acquis sans nul doute des savoirs, des savoirs-faire et des savoirs-être qui lui ont permis d’empoigner de manière durable les reines de son développement.

 

 

Développement local et culture au Burkina Faso : l’association Benemnona et le festival des Nuits Atypiques de Koudougou

L’association Benemnoma (Membre du comité Burkinabé d’économie sociale et solidaire), qui signifie en langue mooré « c’est bien d’avoir des gens avec soi » ou « l’union fait la force », a été créée en 1985 dans la ville de Koudougou, la troisième du pays.

En effet, Koudougou abrite environ 74 000 habitants et se trouve à 98 km de la capitale burkinabé. C’est une ville propice aux activités artistiques, culturelles et sportives, notamment en raison de la proportion de jeunes au sein de sa population (plus de 50 % a moins de 15 ans).

Dans un contexte de déperdition scolaire des jeunes, d’inadaptation du système scolaire burkinabé aux réalités du marché du travail, de manque d’écoles techniques et professionnelles et enfin de démission des parents face aux jeunes acculés par la pauvreté, l’Association Benemnoma a décidé de mettre sur pied « l’autre école » à Koudougou. Celle-ci prend en charge la formation, l’éducation, la communication et la culture des jeunes exclus du système scolaire. L’objectif est de former les jeunes de manière à ce qu’ils soient autonomes professionnellement.

C’est en cherchant des moyens de financer « l’autre école » que l’association a décidé de mettre en place la troupe Saaba (signifie forgeron en mooré). Aujourd’hui composée d’une quarantaine de jeunes musiciens et danseurs de 15 à 30 ans, la troupe sillonne l’Europe pour présenter ses spectacles. Les fonds récoltés ont servi à mettre sur pied « l’autre école » en 1992 et une série d’activités connexes. En fait, cette « autre école » est un centre d’activités polyvalent qui fonctionne avec près de 400 personnes.

Ce centre comprend : une école de métiers, de la forge a la mécanique en passant par la couture, le secrétariat, l’informatique, la photo le montage vidéo(…) ainsi qu’une imprimerie pour tout document nécessaire au centre, une garderie permettant aux jeunes femmes de se consacrer à leurs activités, une pharmacie de médicaments vendus à prix modiques, et enfin une radio communautaire qui diffuse des messages de sensibilisation en direction des jeunes et adultes (sida, mutilations génitales, épidémies, récoltes…).

Parallèlement à ces activités, l’Association Benemnoma a initié en 1996 un festival intitulé les Nuits atypiques de Koudougou (NAK). Elles accueillent des artistes de tous les horizons qui mettent leur talent de musiciens, chanteurs, danseurs, et humoristes au service de la culture dans un esprit d’originalité, de diversité et solidarité. Les NAK se tiennent chaque année à la dernière semaine du mois de novembre sur une rue marchande de Koudougou et durent quatre jours. La notoriété des NAK ne cesse d’augmenter depuis leur création grâce à l’implication des médias nationaux et internationaux. Le festival de 2002 a reçu près de 500 artistes du monde entier et plus de 3 000 participants dont 700 étrangers, le prix d’entrée étant fixé à 1000 FCFA. Un regard sur l’évolution de la participation financière de Benemnoma permet de comprendre l’intérêt et le nombre croissant des partenaires des NAK. En effet, alors qu’1996, Benemnoma finançait 50% du budget nécessaire à la réalisation des NAK, sa contribution est passée aujourd’hui à 3 %, les reste étant subventionné et partagé entre la mairie de Koudougou, le Ministère des Arts et de la Culture du Burkina, l’Agence Intergouvernementale de la Francophonie (AIF), les ambassades (France, Pays-Bas, Chine…), l’Association française d’actions artistiques (AFAA)…

Bien entendu Benemnooma est confrontée aux problèmes d’autofinancement des NAK et de professionnalisme des artistes. Mais leur impact est réel. Les NAK ont ainsi permis : le développement économique de la ville de Koudougou dans les secteurs de l’hôtellerie, la restauration et le tourisme et l’incitation a d’autres opérateurs économiques d’investir dans la ville, parallèlement à des activités de développement au profit des villages environnants initiés par les partenaires des NAK, des projets de jumelage entre la ville de Koudougou et d’autres villes, la signature de contrats entre des artistes locaux et des producteurs étrangers, et la mise en place d’un réseau national d’opérateurs culturels (ROC) qui se pencherait notamment sur les questions de droits des artistes

L’expérience de Bemennoma a permis de montrer qu’il est possible de mobiliser les ressources propres d’une localité par le biais des activités culturelles afin soutenir un développement endogène et solidaire.

 

 

Le quartier Missira de la ville de Bamako : un modèle citoyen de développement local urbain solidaire

Non, non, vous n’êtes pas dans un quartier présidentiel abritant ambassades et autres consorts du même acabit, mais dans le quartier Missira de Bamako… On y est passé des rues en terre battue, parsemées de flaques d’eau et de caniveaux ouverts, à des rues plus larges, pavées, bordées d’arbres et débarrassées des déchets domestiques habituels. Au bout de la voie, un jardin fleuri, un bâtiment hébergeant un centre de formation pour femmes et un marché en construction avec une brassée de charpentiers et de maçons au gros oeuvre dans les fondations.

L’association Yeleen (Membre du Réseau national de promotion de l’économie sociale et solidaire- RENAPESS- au Mali) qui signifie lumière en banaman est une structure locale qui a vu le jour en 1996 dans ce quartier défavorisé. Missira, au cœur de la capitale malienne, compte environ 12 500 habitants. Dans un contexte de manque d’information des populations quant aux conséquences de l’insalubrité, de pression démographique et de dégradation de l’environnement, de manque de motivation des populations faute de méthodes et d’approches pertinentes et de moyens adéquats, et de démantèlement des anciennes formes de solidarité, les citoyens de Missira ont décidé de prendre en main leur quartier afin d’en faire un lieu de prise de responsabilité, de créativité et de partage.

C’est dans cet esprit que l’association a initié le projet « Le soi, les voisins et le quartier ». Ce projet vise d’une part à créer un climat social favorable à la participation des habitants du quartier aux prises de décisions relatives à la salubrité, la santé la vie sociale et culturelle… et d’autre part à impliquer de manière effective les populations dans les travaux d’amélioration de leur propre cadre de vie.

La démarche participative suivante a été adoptée : l’analyse des réalités du quartier et l’exploration de solutions viables, la concertation et la planification locale, la mise en œuvre, le suivi, et l’évaluation, la formation participative en fonction des besoins ressentis, la mobilisation et la gestion rigoureuse des moyens financiers et matériels, la génération de revenus a travers l’exercice des métiers de l’environnement

C’est dans ce cadre que les habitants de Missira dont principalement les jeunes se sont retroussés les manches et ont évacué 500 m3 de déchets, pavé 9 000 m2, confectionné 750 dalles, recouvert 15 caniveaux de 940 m, planté 450 arbres, et aménagé 1 800 m2 d’espaces verts. De plus d’autres projets sont en cours de réalisation à savoir l’aménagement d’un parc, d’un marché biologique, d’une aire de jeux pour enfants et d’un cyber-café pour les jeunes. Mais déjà des résultats appréciables sont à noter : (i)de nouveaux rapports de voisinage entre les habitants du quartier ; (ii)une amélioration notable du cadre de vie : les habitants du quartier profitent de l’absence de boue, de poussière ou d’eaux stagnantes, d’une diminution de moustiques et mouches, bref d’un environnement plus sain. (iii)une réhabilitation des bonnes pratiques : balayer la devanture de sa maison et gérer les déchets (iv)une génération de revenus pour une centaine de jeunes (v)la perspective de pouvoir vivre dignement dans un environnement sain

L’association Yeleen a bénéficié de l’appui financier de la coopération luxembourgeoise à hauteur de 217 millions de francs CFA (environ 335 000 Euros) pour le projet.

L’association collabore avec le Centre Amadou Hampâté Bâ, un centre de recherche dont le rôle est de documenter les approches de développement local urbain et les innovations sociales développées dans le quartier.

Aujourd’hui, on peut affirmer sans nul doute que le projet « Le soi, les voisins et le quartier » a permis à chaque habitant du quartier de prendre conscience de son environnement et de pouvoir en être l’artisan en participant pleinement au processus décisionnel. En définitive, cette expérience a permis de cultiver chez les habitants de Missira l’estime de soi et le souci et l’autre dans un esprit de solidarité. L’expérience a fait tâche d’huile et s’est étendue à d’autres rues de la ville de Bamako. Par ailleurs, une Fédération des Associations Maliennes pour l’Assainissement et le Protection de l’Environnement (FAMAPE) a vu le jour dans la foulée.

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